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C'est sous une pluie battante que deux voitures remplies de rameurs messins sont parties du club le samedi 5 octobre, en direction de Paris pour en traverser le cœur sur des yolettes aux couleurs de la Lorraine.

Loin de nous miner le moral, cette pluie disparut après Reims et quelques éclaircies nous permirent de monter les bateaux, qui nous avaient précédés, sur le superbe parc du club de Boulogne Billancourt sur l'île de Monsieur.
La soirée passa très vite et certains, après un repas commun pris au restaurant, rentrèrent se coucher de bonne heure à l'hôtel, alors que d'autres préférèrent se débarrasser de leur excitation en fréquentant des lieux propices aux nuits parisiennes.

De par sa brièveté, la nuit fut « blanche » pour beaucoup.

4h30, lever matinal pour avoir le temps de parcourir le kilomètre séparant l'hôtel des pontons de départ.

Pendant le petit déjeuner dans l'immense hall d'accueil de l'Aviron Club de Boulogne Billancourt, les futurs galériens qui allaient remonter la Seine comme le firent les Normands dans les années 800, piaffaient d'impatience. La tension et l'inquiétude montaient au sein des équipages encore incomplets qui attendaient leurs « fêtards de la nuit ».

6h45, la corne de brume mugit dans l'aurore naissante pour libérer les organismes. 200 bateaux s'élancent avec des remous du diable pour découvrir au plus vite les secrets de la capitale. Bravo aux barreurs pour avoir pu se frayer dans la pénombre la meilleure voie possible !

Après avoir dépassé l'île Seguin hantée par les fantômes de Renault, les passages sous les ponts, anonymes d'abord puis emblématiques ensuite, s'échelonnent : pont d'Issy les Moulineaux, pont du Garigliano, pont Mirabeau, pont de Grenelle, pont de Bir-Hakeim, pont d'Iéna, pont de l'Alma, (...), pont Royal, pont Neuf...

La flamme de la statue de la liberté de l'île aux cygnes arrive à peine à éclairer ces vikings qui se déplacent en masse. Seule la Tour Eiffel semble se pencher (sans doute l'effet des grands angles des appareils photographiques) sur ces rameurs impénitents. Notre-Dame jette l'écho de ses cloches sur ces frêles esquifs qui font le tour de l'île St Louis et qui ressemblent plus à des phasmes qu'aux mouches habituelles.

Peu de spectateurs accompagnent ces rameurs en ce matinal dimanche matin. Il n'est en effet pas question malheureusement de lambiner dans ce panorama historique ; la navigation fluviale a des impératifs horaires peu compatibles avec la nostalgie des rameurs.

Les 11 embarcations lorraines (Metz, Toul, Nancy, Epinal, Pont St Vincent, Verdun) regagnent leur point de départ vers onze heures et sitôt les bateaux sanglés sur les remorques, c'est autour d'une paëlla géante que chacun a pu confronter ses impressions.

Certes Paris a échappé à l'invasion de ces peuples venus de l'Est, mais eux à coup sûr ont été conquis par cette aventure au fil de l'eau.
                                                                                                                                                                                       Dominique Legay
                                                                                                                                                                                       -novembre 2013-